J’étais rendu à peigner la mousse sur le côté nord de mes billots pour savoir lesquels avaient une meilleure attitude, pis là j’suis allé fouiller dans le tuyaude poêle de l’intournet. Voilà mon texte, ben planté contre les gaz de schiste, avec le parler de Roger.
Ben là, mords dans l’érable pis accroche-toi à ta hache : développer les gaz de schiste au Québec, selon moi, c’est comme vouloir chauffer la cabane en mettant le feu au bois de charpente. Oui, ça fait de la chaleur sur le coup, mais après, t’as pu de maison. Le Québec a déjà fait un choix important : depuis 2022, la recherche et la production d’hydrocarbures sont interdites sur son territoire, et la loi québécoise vise expressément à mettre fin à ces activités. Le gouvernement rappelle aussi que le Québec interdit la recherche et la production d’hydrocarbures sur tout son territoire. (Légis Québec)
Faut se rappeler où ça se passerait : dans les basses-terres du Saint-Laurent, notamment dans le shale d’Utica, c’est-à-dire une région pleine de terres agricoles, de villages, de rivières, de puits privés, de rangs tranquilles pis de monde qui veulent boire leur eau sans se demander si elle goûte le garage. Le BAPE a tenu une audience publique en 2014 sur les enjeux liés à l’exploration et à l’exploitation du gaz de schiste dans cette région, avec un rapport déposé en décembre 2014. (Public Environmental Hearings)
Le premier gros problème, c’est l’eau. Pour fracturer la roche, il faut injecter de l’eau, du sable pis des produits chimiques à haute pression. Dans l’Utica québécois, les volumes moyens d’eau par puits ont été évalués autour de 12 à 20 millions de litres. Ça, c’est pas remplir une chaudière à sirop, mon t’chum; c’est siphonner une ressource précieuse dans un territoire déjà occupé par des fermes, des municipalités pis des citoyens.
Pis l’eau, une fois utilisée, revient pas comme une belle eau de source chantant du Félix Leclerc. Elle peut revenir chargée de sels, de boues, de produits chimiques, de métaux ou d’autres contaminants selon la géologie et les opérations. Les risques opérationnels documentés incluent les déversements accidentels de produits chimiques, de pétrole, de boues de forage, de fluides de fracturation, d’eaux de reflux et de fluides mal stockés ou mal traités. Autrement dit, même si la roche profonde ne craque pas jusqu’à ton puits de cuisine, les accidents en surface peuvent salir l’eau et le sol.
Les défenseurs de l’industrie aiment dire : “Ben voyons, c’est sécuritaire si c’est bien encadré.” C’est là que Roger lève un sourcil gros comme un billot de pruche. Même les grands rapports scientifiques ne disent pas : “Dormez tranquille, y’a rien là.” Le Conseil des académies canadiennes a examiné les impacts possibles du gaz de schiste au Canada et a identifié des enjeux touchant l’eau de surface, l’eau souterraine, les gaz à effet de serre, les impacts cumulatifs sur le territoire, la santé humaine et les événements sismiques. Le même rapport souligne que les données sur les impacts environnementaux n’étaient pas suffisantes ni concluantes pour tout fermer le dossier avec un beau ruban rouge. (CCA Reports)
Ça, pour moi, c’est justement une raison de dire non. Quand t’es pas sûr que le pont va tenir, tu fais pas passer la chargeuse dessus “pour voir”. Tu testes, tu protèges, tu recules. Le principe de précaution, c’est pas de la peur; c’est du jugement. Dans les forêts, quand un arbre penche croche avec le vent dans le mauvais bord, le vieux bûcheron attend pas que ça lui tombe sur le casque pour dire : “Ah ben oui, finalement c’était dangereux.”
Deuxième problème : le climat. Le gaz naturel, c’est surtout du méthane. Et le méthane, c’est pas un petit pet de mouffette sans conséquence; c’est un gaz à effet de serre puissant. L’Agence internationale de l’énergie indique que le potentiel de réchauffement du méthane est de 84 à 87 fois celui du CO₂ sur 20 ans, et de 28 à 36 fois sur 100 ans selon les valeurs du GIEC. (IEA)
Alors quand on nous vend le gaz de schiste comme une “énergie de transition”, j’ai envie de dire : transition vers où, exactement? Vers plus de pipelines, plus de puits, plus de fuites, plus de torchères, plus de camions pis plus d’infrastructures fossiles? C’est comme dire qu’on va arrêter de manger de la tarte au sucre en commençant par manger trois tartes au sirop. Le gaz brûle peut-être moins sale que le charbon à la combustion, mais quand on compte les fuites de méthane, les forages, la compression, le transport et les infrastructures, le portrait devient pas mal moins reluisant.
Troisième problème : le territoire. Les gaz de schiste, c’est pas juste un petit trou discret derrière une talle de framboisiers. C’est des plateformes de forage, des chemins d’accès, des bassins, du camionnage, du bruit, des lumières, des clôtures, de la poussière, des compresseurs, des conduites et des activités industrielles répétées. Le BAPE a rapporté que le déploiement pourrait représenter environ une plateforme de forage par 4 km², soit en milieu agricole une plateforme à toutes les trois ou quatre fermes en moyenne. Là, on parle pas d’un voisin qui part sa scie mécanique le samedi matin; on parle d’un changement complet du paysage rural. (Journal de Québec)
Pis quand tu changes le territoire, tu changes la vie du monde. Les producteurs agricoles, les familles qui vivent près des rangs, les municipalités, les propriétaires de puits privés, les chasseurs, les acériculteurs, les villégiateurs : tout ce monde-là hérite des risques, du bruit, des routes abîmées pis de l’incertitude. Les profits, eux, montent souvent plus vite vers les compagnies que vers le village. Maudite affaire, tu veux l’bois sans les échardes? Ben l’industrie gazière, elle, veut souvent le gaz sans payer toutes les échardes sociales.
Le BAPE a aussi conclu qu’il n’était pas démontré que l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent serait avantageuse pour le Québec, notamment à cause de l’ampleur des coûts et externalités possibles par rapport aux redevances. Le même résumé mentionne des impacts attendus sur la qualité de l’air et de l’eau, ainsi que des enjeux d’approvisionnement en eau pendant l’été pour certains cours d’eau des basses-terres. (Journal de Québec)
Ça, c’est le cœur du problème économique. On nous promet des jobs pis des redevances, mais on oublie de compter la facture complète : surveillance environnementale, réparation des routes, inspection des puits, gestion des eaux usées, risques pour les nappes, perte de valeur foncière, conflits avec les usages agricoles, émissions de GES, fermetures de puits et restauration des sites. Une vraie comptabilité, c’est pas juste compter les bûches vendues; c’est aussi compter la chaîne brisée, le truck enlisé pis le lunch écrasé sous la scie.
Quatrième problème : les tremblements de terre induits. Non, chaque opération de fracturation ne déclenche pas un séisme, pis faut pas raconter des histoires de loups-garous en bottes de caoutchouc. Mais les injections de fluides et surtout la gestion des eaux usées peuvent provoquer des séismes induits dans certains contextes. Le USGS explique que la plupart des séismes induits ne sont pas causés directement par la fracturation elle-même, mais plutôt par l’injection d’eaux usées liées à la production pétrolière et gazière; il reconnaît aussi que certains séismes peuvent être associés à la fracturation. (USGS)
Dans une région déjà habitée, avec des bâtiments, des routes, des aqueducs, des puits privés et des infrastructures municipales, pourquoi rajouter ce risque? Même s’il est localisé, même s’il est statistique, même s’il est “gérable”, il devient un poids de plus dans la boîte à problèmes. C’est comme ajouter une roche dans ton sac à dos à chaque kilomètre : au début tu ris, après tu sacres, pis à la fin tu marches de côté.
Mon opinion est claire comme une coupe fraîche dans l’érable : le Québec ne devrait pas rouvrir la porte aux gaz de schiste. Pas dans les basses-terres du Saint-Laurent, pas dans nos terres agricoles, pas en prétendant que le méthane est une petite passerelle propre vers l’avenir. On a déjà de l’hydroélectricité, du potentiel d’efficacité énergétique, des réseaux à moderniser, des bâtiments à isoler, des transports à électrifier, des forêts à aménager intelligemment. Mettre de l’argent, du temps et du capital politique dans le gaz de schiste, c’est regarder en arrière pendant que le chemin d’en avant se couvre de neige.
Laisser le gaz dans le sous-sol, c’est pas être contre l’économie. C’est être pour une économie qui dure. C’est protéger l’eau potable, les terres agricoles, le climat, la santé publique et la confiance du monde. C’est dire que toute ressource n’a pas besoin d’être exploitée juste parce qu’elle existe. Dans mon temps, mon ti-bohomme, on savait qu’un arbre trop jeune, tu le laisses debout; ben un gisement trop risqué, tu le laisses couché.
Pis pour finir, j’te dis ça comme Roger : le gaz de schiste au Québec, c’est une bûche pleine de clous. Tu peux ben essayer de la passer dans la scie, mais après, viens pas brailler si ça jette des étincelles dans l’atelier. Moi, j’aime mieux garder l’eau claire, les rangs tranquilles pis les champs debout. Parce que la fois où Mémère a voulu “optimiser” le poêle en y lançant une vieille canisse de térébenthine, on a appris une grande leçon : c’est pas parce que ça brûle que c’est une bonne idée.