J’étais justement en train de faire signer un bail à mes vers de terre, parce qu’ils occupent le compost sans payer de taxes municipales. Là, j’suis allé vérifier dans le tuyaude poêle de l’intournet, pis voici la méthode à Roger pour faire d’la terre neuve pis du compost nourrissant, avec du fumier, sans transformer ton jardin en soupe à bibittes.
La terre neuve de Roger : pas d’la terre morte en sac
Une bonne “terre neuve”, c’est pas juste de la terre noire pitchée dans un bac. C’est un mélange vivant : de la terre minérale, du compost mûr, des feuilles décomposées, un peu de fumier bien composté, pis assez d’air pour que les racines respirent. Le gouvernement du Québec rappelle que le compost et le fumier améliorent la structure d’un sol, le rendent plus grumeleux et aéré, surtout dans les sols lourds. Pour enrichir un sol pauvre, Québec recommande aussi une couche d’environ 2 cm de compost, incorporée dans les 5 à 10 premiers cm du sol. (Gouvernement du Québec)
La recette de Mémère, version propre :
Pour 10 chaudières de mélange :
- 4 chaudières de terre du terrain ou terre à jardin tamisée;
- 3 chaudières de compost mûr;
- 2 chaudières de feuilles mortes décomposées, ou feuilles broyées déjà brunies;
- 1 chaudière de fumier composté, pas frais;
- une poignée de cendre de bois seulement si ton sol est acide, jamais à la pelle comme si tu saleais une entrée en janvier.
La cendre de bois peut apporter calcium et potassium et augmenter le pH, mais elle doit venir de bois propre non traité, et elle peut nuire si on en met trop ou si le sol est déjà correct. Elle n’apporte pas d’azote, donc c’est un petit assaisonnement, pas un repas complet. (Wisconsin Horticulture)
Le compost chaud : le moteur à fumée de Mémère
Pour produire du compost vite, fais un tas d’au moins 1 mètre cube. Le guide québécois d’agriculture urbaine dit qu’un composteur trop petit chauffe mal, parce qu’il n’atteint pas facilement une température adéquate pour les microorganismes qui aiment la chaleur. Mets ton bac sur la terre, pas sur une dalle fermée, pis ameublis un peu le sol dessous pour inviter les décomposeurs. (Quebec Content)
La base, c’est brun + vert + air + eau. Cornell recommande environ 2 parts de brun pour 1 part de vert, un tas d’environ 3 pieds par 3 pieds, humide comme une éponge essorée, et retourné pour donner de l’oxygène. Les bruns, c’est feuilles mortes, paille, carton brun déchiré, copeaux ou sciure non traitée. Les verts, c’est restants de légumes, gazon sans herbicide, marc de café, plantes vertes, fumier. (Cornell Cooperative Extension)
Fais ça en couches : brindilles au fond, feuilles, déchets verts, fumier compostable, feuilles, eau, pis recommence. Si ça sent l’ammoniaque ou la fosse à purin de mononcle Fernand, t’as trop de vert : ajoute des feuilles sèches. Si ça fait rien pentoute, comme une moufette déprimée, ajoute du vert et de l’eau. Si c’est trempé, ajoute du brun et brasse.
Le fumier : puissant, mais pas à garrocher n’importe comment
Le fumier, c’est de l’or brun, mais de l’or avec des microbes dedans. Le fumier de vache, cheval, mouton, chèvre, lapin ou volaille peut nourrir le sol, mais il faut l’utiliser avec jugement. L’Université du New Hampshire rappelle que les fumiers peuvent contenir E. coli, Salmonella, Campylobacter, Giardia ou Cryptosporidium, et que le fumier “vieilli” n’est pas automatiquement du fumier composté sécuritaire. (Extension | University of New Hampshire)
Règle de Roger : fumier cru seulement à l’automne, incorporé au sol, jamais collé sur des laitues prêtes à manger. Attends au moins 120 jours avant de récolter les cultures qui touchent le sol, comme carottes, laitues, fraises et betteraves; attends au moins 90 jours pour les cultures qui ne touchent pas le sol. Après plantation, évite le fumier animal sauf s’il est pasteurisé ou activement composté. Pis jamais de fumier de chien, chat ou cochon au potager. (Extension | University of New Hampshire)
Le fumier de poule, lui, c’est frette pas frette : c’est fort. Composte-le avec beaucoup de feuilles ou de paille. Le fumier de cheval est bon, mais souvent mélangé avec sciure ou copeaux; s’il y a trop de bois frais, ça peut “emprunter” l’azote du sol pendant la décomposition, comme un beau-frère qui emprunte ta remorque et revient jamais avec. (Extension | University of New Hampshire)
Attention au fumier empoisonné aux herbicides
Maudite affaire importante : demande toujours d’où vient le fumier. Certains herbicides utilisés dans les champs de foin ou pâturages peuvent passer dans le fumier et rester actifs même après compostage. NC State Extension rapporte des dommages aux jardins après l’usage de fumier, compost, foin ou gazon contaminés : mauvaise germination, plants morts, feuilles tordues, fruits déformés. Les herbicides comme aminopyralide, clopyralide et piclorame peuvent persister longtemps. (NC State Extension)
Truc de Mémère basé sur du gros bon sens : fais un test de fèves. Mets ton compost ou fumier suspect dans deux pots, plante des haricots ou pois, pis compare avec un pot de terre normale. Si les feuilles sortent croches, tordues, maigres comme une moustache de lièvre, n’en mets pas dans le jardin.
Le compost mûr : comment savoir qu’il est prêt
Ton compost est prêt quand il est brun foncé, grumeleux, qu’il sent la terre forestière après la pluie, pis qu’on ne reconnaît presque plus les pelures de patates. S’il chauffe encore, laisse-le mûrir. S’il sent mauvais, il manque d’air ou il est trop mouillé. Brasse-le, ajoute du brun, pis parle-lui doucement; le compost est susceptible, surtout le lundi.
Pour nourrir les tomates, courges, concombres et choux, mets une petite pelletée de compost mûr autour du plant, sans coller ça direct sur la tige. Pour les racines comme carottes et betteraves, va plus doux : trop de fumier riche peut donner beaucoup de feuilles et des racines fourchues, comme si la carotte avait essayé de fuir.
Les autres trucs de Roger
Garde tes feuilles d’automne. C’est ton or brun gratuit. Broie-les à la tondeuse, empile-les, mouille-les un peu, pis laisse-les devenir du terreau de feuilles. Mets les copeaux et le BRF surtout en surface comme paillis ou dans les sentiers; évite de mélanger trop de bois frais dans la zone des racines.
À l’automne, sème un engrais vert si tu peux : avoine, pois, trèfle ou seigle selon ton climat et ton calendrier. Les engrais verts protègent le sol, ajoutent de la matière organique, et les légumineuses comme trèfle et pois peuvent fixer de l’azote avec leurs bactéries racinaires. (Extension | University of New Hampshire)
La méthode parfaite de Roger sur un an : à l’automne, feuilles + fumier + résidus de jardin en compost; au printemps, 2 cm de compost mûr dans le potager; en été, paillis de feuilles, paille ou gazon sans herbicide; à l’automne suivant, engrais vert ou nouvelle couche de matière organique. Année après année, ta terre devient noire, souple, vivante, pleine de vers pis de promesses.
Bref : nourris le sol, pas juste la plante. Une plante dans une terre morte, c’est comme un bûcheron sans café : ça tient debout, mais ça travaille mal.
Pis ça me rappelle Mémère, qui disait toujours : “Un bon compost, c’est comme un bon ragoût : si ça pue trop, c’est qu’t’as oublié quelque chose.” Une fois, elle a composté trois citrouilles, deux chaudières de fumier pis une vieille tuque de mononcle. Au printemps, les tomates poussaient tellement fort qu’on les attachait avec de la corde à bois.